Choses vues

F4. Un petit carré sur la carte, centré sur la Mairie…

Un jardin secret à la vue de tous

Trop de couleurs : un gilet de travaux jaune fluo, un sol où se mêlent pavés gris et bandes noires, les briques rouges agressives. Multicolore écho des drapeaux qui ornent la place devant la mairie austère. Trop de bruits. La radio tonitruante d’une voiture dont on claque les portes, les cascades soit disant bucoliques mais dont le vacarme assourdissant gêne. Trop de mouvements aussi : on court, on marche d’un air décidé, on n’a pas de temps à perdre. Une Castafiore attire tous les regards. Exubérance incarnée, elle a accordé ses talons démesurés à sa veste longue d’un orange carotte criard et accompagne le tout de fracassants rires moqueurs. Même le petit administratif qui l’accompagne semble embarrassé, ses cheveux trop collés par le gel surmontant de petites lunettes de soleil ridicules.

Il me faut échapper à cette atmosphère de cours d’école survoltée.
À deux pas, la silhouette élancée de quelques bouleaux m’attire. Je me dirige rapidement vers eux et brusquement, à ma droite, une grande place surgit de nulle part. Une seule dame s’y trouve, tout au fond, l’air pensif dans ses couleurs pastelles. Je décide de la rejoindre. « Je viens me poser ici pour être tranquille, me retrouver » m’avoue-t-elle immédiatement. Le message est clair, je m’installe un peu plus loin. Croquant dans un triste mélange de pain trop sec et de gouda trop fort, je réalise soudain le calme du lieu. La route n’est pas loin mais on l’entend à peine. Me parviennent même quelques chants d’oiseaux. Des pies, je crois. Ma voisine à la veste parme a bien choisi son lieu de retraite. Je ferme les yeux quand un rayon de soleil m’atteint. Le vent souffle en bourrasques alors cette chaleur inattendue est la bienvenue. Les yeux toujours clos, je sens brusquement une odeur feutrée de bosquet mouillé, de sous-bois après la pluie. De grandes flaques parsèment la place et les feuilles s’y rassemblent, comme par rendez-vous. D’ici, j’aperçois le vent agiter les branches de mes bouleaux sauveurs. Les briques rouges du Beffroi s’élèvent, altières, derrière l’or et le cuivre de leurs dernières feuilles rougies par l’automne et le soleil. Dans mon dos, des sculptures tarabiscotées de fer ont quant à elles un goût de splendeur passée, usée. Le contraste est saisissant. Une triste odeur de métal chaud me saisi, le béton sous mes mains devient rêche et froid.
Le vent change de sens : la laine parme bouge, je reçois tout à coup son parfum de fleurs d’été et l’odeur sucrée du croissant chaud qu’elle s’est offert. Espiègle mélange de saisons.
Deux femmes marchent au pas, une pizza sous le bras, leur conversation résonne. Soudain, le monde se réveille : un groupe d’anglais perdus, sacs à dos et cheveux roux, demande son chemin. Au téléphone, un homme d’affaire se presse, une écharpe à la main comme s’il n’avait pas pris le temps de la mettre. Un vélo file. Des chaussures à talons claquent sur le pavé tâché çà et là de restes de chewing-gum. Un labrador à longs poils blancs aboie, l’air perdu. L’herbe frémit. Le temps se couvre. Il est temps de rentrer.

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